lundi 19 mai 2014

Décolonisons nos cerveaux! Le MOOC est mort, vive le CLOM!

Je profite de la « Journée nationale des patriotes » qui est un congé férié au Québec, pour faire acte de résistance face à l'envahissement des termes anglais dans mon domaine de recherche qui est l'informatique cognitive en éducation. L'événement déclencheur fut le billet « Des MOOC ballottés au gré des Flots » paru récemment dans la blogosphère.

D'abord, un gros merci aux auteurs de ce billet: Martine Rousseau et Olivier Houdart qui sont aussi les correcteurs du site du Monde. Je suis heureux de constater que je ne suis pas seul à me préoccuper de l'usage du français en informatique. Depuis deux ans, j'ai eu quelques échanges avec mes collègues français et québécois sur l'usage du terme anglais MOOC qui est l'acronyme de Massive Open Online Course.

En tant que Québécois, sans cesse confronté à l'envahissement de termes anglais, je crois qu’il est important de trouver des néologismes pour désigner les concepts nouveaux afin de se les approprier et pour ne pas reléguer la langue française au rang de langue folklorique. Je m'explique...

Un peu de linguistique des néologismes

En matière de création de mots nouveaux ou néologismes, il y a trois approches :
  1. Emprunt direct du mot étranger
  2. Emprunt avec une adaptation le plus souvent phonétique : bug devient bogue
  3. Création d'un néologisme : courriel, pourriel, clavardage ou baladodiffusion abrégée en balado
Avec l'emprunt direct, personne ne va mourir... du moins rapidement. C'est ce que font à ma connaissance, la plupart des groupes linguistiques : germanophones, hispanophones... À petite dose, on peut même voir cela comme de l'enrichissement. Perso, j'aime bien les mots piano, iceberg et algèbre.

Au niveau de la prononciation, j'ai remarqué que les Québécois préfèrent prononcer un mot anglais à l'anglaise donc « mouc » pour mooc et « zou » pour zoo alors que les Français auront tendance à prononcer à la française « moc » pour mooc et « zo » pour zoo. Cela dit, si je me rappelle bien de mes cours de phonétique, nous devrions prononcer « mo-oc » pour mooc et « zo-o » pour zoo.

Le problème des emprunts survient à dose massive et à long terme. On assiste petit à petit par tous ces emprunts à la création d'un dialecte « franglais » porteur de la modernité et de la « branchitude ». Ainsi, la langue française deviendra petit à petit « ringarde » et incapable de communiquer les nouvelles réalités de la technologie et de la science. C'est important pour la langue française qu'elle continue à être utilisée dans tous les domaines. Sinon à long terme, la langue française deviendra un langue folklorique que l'on réservera à la littérature, à la poésie et aux sorties culturelles.

On risque également que ce dialecte « franglais » devienne rapidement incompréhensible à la fois par les locuteurs francophones et anglophones. En gros, la syntaxe est française avec du vocabulaire, des expressions anglaises et des verbes anglais conjugués selon des modèles français. Par exemple, « Alice a opensourcé le code de son framework avant de le commiter dans le repo. » [Note 1]. À long terme, il deviendra plus simple de parler en anglais et l'assimilation sera complète.

CLOM, un terme équivalent?

Il existe pourtant un terme équivalent en français pour MOOC, le « CLOM », pour « cours en ligne ouvert et massif ». Je conçois qu'on puisse ne pas apprécier la prononciation du mot CLOM, surtout au premier abord. Bien entendu, le cours en ligne va de soi, mais l'ouverture (la gratuité) et l'aspect massif (car des milliers d'étudiants peuvent suivre un cours en même temps) demeurent distinctifs du concept. CLOM semble donc traduire fidèlement le concept sous-jacent.

En effet, sans les aspects ouverts et massifs, un CLOM devient un simple « CLOM » cours en ligne. Remarquez que cela n'a pas gêné de petits génies de la mise en marché qui ont créé le terme anglais « SPOC » pour « Small Online Private Course ». Tout est dans le nom... il faut croire!

CLOM, le meilleur équivalent?

On peut être d'accord pour trouver un équivalent, mais encore faut-il respecter la nature de ce que l'on cherche à nommer.

Par exemple, l'acronyme « CLOT » proposé par Légifrance pour « cours en ligne ouvert à tous » est à la fois paradoxal (ouvert ou clos ?) comme le font si justement remarquer les correcteurs du « Monde » mais CLOT reste également muet sur l'aspect massif du concept.

De même, le mot « FLOT » pour « formations en ligne ouvertes à tous »(proposé par le portail OCEAN) m'apparaît bien joli, mais malheureusement ambigu, ce qui est un gros défaut en matière de terminologie. De plus, comme CLOT, le terme FLOT escamote le caractère « massif » qui est central au concept de CLOM.

Rappelons que comme la plupart des outils du Web 2.0, la partie invisible des CLOM est la collecte des données sur le comportement des étudiants. On parle ici de l'analytique d'apprentissage (en anglais learning analytics) et du traitement de données massives (en anglais big data) dont les résultats serviront à améliorer les CLOM de la prochaine génération.

Les CLOM avec leurs milliers d’étudiants permettent d’utiliser des méthodes statistiques pour détecter les problèmes et améliorer l’enseignement. On peut également utiliser des techniques d’apprentissage statistique (en anglais machine learning) pour découvrir des situations (en anglais patterns) communes aux étudiants qui ont des difficultés afin de leur présenter des indices ou des explications pour les aider. On verra donc émerger des façons de personnaliser finement l’enseignement à chaque étudiant d’une manière telle que l’on a tout simplement ni le temps, ni les moyens de faire aujourd’hui. C'est la promesse offerte par le caractère massif des CLOM. On reconnaît là une pratique courante du Web 2.0 « à la Google » qui consiste à exploiter les données de ses millions d’utilisateurs pour améliorer les résultats de son moteur de recherche.

Le lecteur de ce billet aura remarqué l'inclusion des termes techniques en anglais entre parenthèses à côté de leurs équivalents en français et ceci au moment de leur première utilisation dans un texte. Bien que cela puisse sembler un peu lourd, cela m'apparaît une bonne manière de transmettre la nouvelle terminologie. J'espère ainsi contribuer à montrer que la langue française est bien vivante et capable de décrire la réalité technologique.

Je serais porté à dire que l'usage et la création de termes en français nous force à approfondir et à comprendre davantage la technologie. Traduire c'est comprendre, bien traduire c'est bien comprendre. C'est pourquoi les meilleures traductions viennent souvent de spécialistes du domaine technique considéré plutôt que de traducteurs professionnels.

Décolonisons nos cerveaux!

Certains reprochent à CLOM de ne pas être assez élégant ou évocateur. Est-ce que MOOC est plus élégant ou plus évocateur? Je ne crois pas...

Aussi, les créateurs de néologismes en langue anglaise se soucient peu de la rigueur et ne font pas usage des racines grecques ou latines. Ils créent des termes au petit bonheur, en espérant que les autres vont les adopter par paresse ou effet de mode. C'est un peu comme pour la malbouffe (en anglais fast food), ça manque de raffinement mais c'est vite et pratique. Mais cela n'est pas une raison pour se nourrir uniquement d'hambourgeois, comme on dit chez nous.

Malheureusement, ce sentiment ou plutôt cette gêne à employer un mot français illustre également que nos esprits sont déjà colonisés.

Cela me rappelle ma gêne d'enfant à utiliser l'expression « beurre d'arachide » au lieu de « beurre de pinottes ». Pire encore quand à l'adolescence, j'ai pris conscience que j'étais incapable d'exprimer mes sentiments dans ma langue maternelle. À l'époque, j'éprouvais un malaise insurmontable à dire « Je t'aime » alors que « I love you » était bien plus facile.

De plus, au plan de la psychologie collective, avec l'usage de termes exclusivement en anglais, la science et la technologie deviennent peu à peu étrangères, ce qui n'aide pas l'appropriation et l'invention. La science et la technologie sont trop importantes pour les abandonner à la seule langue anglaise. Sans compter, l'appauvrissement culturel que cela représenterait pour l'humanité.

Sans vouloir faire trop de psychologie ou de sociologie à deux sous, je vois là de purs réflexes de colonisés. Assumons notre identité et affirmons notre différence linguistique que diable!

Le mal français ou le culte du « franglais »

En France et à un moindre degré au Québec, on constate un mal pernicieux qui gangrène notre langue et notre culture. C'est le culte du « franglais ». On ne peut que déplorer le glissement vers un franglais pseudo-branché d'une certaine élite pour qui la modernité ne peut s'exprimer qu'en anglais. On emploie le franglais pour faire « branché », « européen » ou « international » dans les médias et particulièrement en publicité.

Vu du Québec, l'archétype de ce glissement au franglais est la désignation « FUN » pour l'initiative France université numérique!

Pourtant peu de Français parlent anglais. La plupart de ceux qui prétendent avoir un bon niveau en anglais sont généralement incapables de tenir une discussion ou de faire une présentation en anglais.

L'emploi de mots anglais est souvent perçu comme un « langage d'initiés » ce qui lui confère un statut exclusif et fort apprécié. Il est grand temps de faire un examen de conscience et de se décomplexer.

Avant tout, une question de volonté - l'exemple de l'Islande

Les Islandais l'ont bien compris, eux qui sont à peine plus de 300 000 à partager une langue unique. Dès qu'un mot étranger fait son apparition, un équivalent islandais est proposé qui finit par s'imposer au bout de quelques années. Les Islandais ont une conscience aiguë de l'importance de la langue dans leur culture et leur identité.

Il ne viendrait à l’esprit d’aucun Islandais de dire: « Il est trop tard », « Le pli est pris » ou « Il n'y a rien à faire ». Serons-nous les « néo-pétainistes » de la langue qui abdiqueront devant l'envahissement de l'anglais? Bien sûr que non, car nous sommes fiers et combattifs!

Faisons le choix de la créativité et de l'effort

La langue française ne mérite-t-elle pas qu'on fasse preuve d'un peu de créativité? Comme beaucoup de Québécois, bien enracinés dans le « Nouveau monde » où l'anglais domine et assimile, faisons le choix de la créativité et de l'effort pour que la langue française non seulement survive mais s'épanouisse dans le monde technologique, notre « Nouveau monde ».

Il n’est pas trop tard pour corriger le tir et imposer CLOM ou un terme équivalent, ce n’est qu’une question de volonté.

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[Note 1]: « Alice a libéré le code de son socle d'applications avant de l'archiver dans sa base de code. » Un peu plus long je concède mais beaucoup plus clair. Un texte en français est en moyenne 1.4 fois plus long qu'un texte équivalent en anglais.

[Note 2]: Même chose pour MOOC qui devient « MOOC » pour Online Course.

dimanche 6 octobre 2013

edX pour débutant


petit tutoriel d'installation de edX pour Mac OS X

Voici une démonstration de ce qu'on peut faire rapidement avec la plateforme de CLOM edX. Promue par le consortium edX dirigé par la Harvard University et le MIT avec la participation de l'université Stanford, la plateforme en logiciel libre edX sert à la réalisation et au déploiement de CLOM (Cours en ligne ouverts aux masses) ou MOOCs (Massive Open Online Courses) en anglais. Récemment la plateforme edX fut choisie par le projet «France Université Numérique» et le projet mooc.org en partenariat avec Google.

En fait, voici un petit tutoriel qui décrit un scénario d'installation simple de edX sur Mac OS X [EDX 2013].

Installation simple

Pour se donner une idée rapide de edX, la façon la plus simple est de faire tourner la plateforme edX sur une machine virtuelle en chargeant une image de disque d'un serveur Linux déjà configuré avec edX et tous les logiciels nécessaires à son déploiement. Note: Il vous faut disposer d'un espace libre de 5 Go sur le disque de votre ordinateur.

Pour un travail plus sérieux, il faut procéder à une installation complète de edX et de tous les logiciels nécessaires à son fonctionnement. Cette procédure est réservée aux développeurs familiers de l'installation des logiciels Python et Ruby.

1. - Installation de XCode

1.1 - Visite de l'AppStore...

Si vous n'avez pas XCode, l'environnement intégré de développement ou EID (en anglais IDE: Integrated Development Environment) d'Apple, vous devez l'installer à partir de l'AppStore d'Apple (item «AppStore» dans le menu «pomme» situé tout à gauche de la barre de menu de votre Mac).



1.2 - Installation des outils à ligne de commande

Une fois XCode démarré, vous devez installer les outils à ligne de commande (CLI: Command Line Interface) accessible de la console.

Pour cela choisissez «Preferences» dans le menu «XCode». Puis l'onglet «Downloads» (icône bleue avec une flèche). Puis, dans le panneau «Downloads», sélectionnez l'onglet «Components» puis cliquez sur le bouton «Install» à côté de l'item «Command Line Tools».

2. - Installation de la machine virtuelle

2.1 - Installation de VirtualBox

Commençons par installer le logiciel libre de virtualisation « Oracle VM VirtualBox » (anciennement VirtualBox). C'est la machine virtuelle « VirtualBox » qui émulera le fonctionnement d'un serveur Linux configuré avec tous les logiciels nécessaires à la plateforme edX.

Dans un fureteur, tapez l'Url «http://download.virtualbox.org/virtualbox/4.3.12/»
Puis téléchargez la version 4.3.12 (VirtualBox-4.3.12-93733-OSX.dmg) qui a été testée pour installer edX. En quelques clics vous devriez l'installer très facilement. D'abord cliquez le fichier «VirtualBox-4.3.12-93733-OSX.dmg», puis double-cliquez «VirtualBox.pkg».

2.2 - Installation de Vagrant

Nous utiliserons le logiciel Vagrant, une sur-couche au-dessus de VirtualBox qui simplifie la gestion des machines virtuelles et des images de disques.

Téléchargez la version 1.3.5 de Vagrant (Vagrant-1.3.5.dmg) qui est recommandée, en tapant l'Url «http://downloads.vagrantup.com/tags/v1.3.5» dans un fureteur. Cliquez le fichier «Vagrant-1.3.5.dmg», puis double-cliquez «Vagrant.pkg».

3. - Importation du code source de edX

3.1 - Installation de Git

Afin d'importer le code source de edX, vous devez installer le logiciel de gestion de code «Git», on dit aussi logiciel de gestion de versions. Notez en passant que Git est un logiciel libre créé par Linus Torvalds, le créateur de Linux. Pour vérifier si Git est installé, ouvrez une console (Terminal.app) et tapez la commande: «git --version»

Git est normalement installé avec XCode, l'environnement de développement intégré (IDE) du Mac OS qu'on peut se procurer gratuitement sur « l'AppStore » d'Apple. Vous pouvez également télécharger un installateur graphique de Git pour Mac OS X à partir de l'Url «https://code.google.com/p/git-osx-installer/». Double-cliquez le fichier .dmg qui correspond à votre version de Mac OS X, par exemple «git-1.8.2.2-intel-universal-snow-leopard.dmg» puis cliquez sur le fichier se terminant par l'extension «.pkg»

3.2 - Téléchargement du code edX dans un répertoire Git local

Décidez d'abord d'un endroit propice pour télécharger le code de edX sur votre ordinateur. Par exemple, votre répertoire de base comme usager. Dans la console et tapez la commande: «cd ~»

Pour lancer le téléchargement tapez: «git clone https://github.com/edx/edx-platform.git» ou encore «sudo git clone https://github.com/edx/edx-platform.git» avec votre mot de passe.
Le code source de edX hébergé sur GitHub sera alors téléchargé dans le sous-répertoire «edx-platform» du répertoire courant. Ensuite, donnez les droits en lecture et exécution sur le sous-répertoire «edx-platform» en tapant «sudo chmod -R 755 edx-platform».

4. - Création et démarrage de l'environnement de développement virtuel

Allez dans le répertoire du code source en tapant la commande suivante dans la console: «cd edx-platform». Vous êtes prêt à lancer la création et le démarrage de la machine virtuelle avec l'environnement de développement edX. Maintenant, tapez la commande: «sudo vagrant up».
Vagrant va télécharger une image Linux puis démarrer la machine virtuelle. Le script «edx-platform/scripts/create-dev-env.sh» va installer les dépendances et configurer la machine virtuelle. Cela va prendre un certain temps, allez prendre un café!.

Si tout va bien, vous devriez obtenir le message de réussite ci-dessous.

5. - Connexion et séance de travail avec le serveur edX virtuel

5.1 - Connexion au serveur virtuel

Vous pouvez vous connecter au serveur virtuel de edX en tapant «sudo vagrant ssh»
Lorsque vous vous connectez au serveur virtuel de edX, vous partez dans le répertoire «/opt/edx/edx-platform», le code qu'il contient est synchronisé avec l'espace de travail «edx-platform» de votre ordinateur. Ainsi, vous pouvez développer pour edX en utilisant le serveur virtuel qui tourne sur votre ordinateur.

5.2 - Lancement de l'«ENA / LMS» de edX

Une fois connecté, vous pouvez lancer l'ENA de edX (Environnement numérique d'apprentissage), en anglais LMS (Learning Management System) qui affiche l'interface usager dont se sert l'étudiant. Pour cela, vous devez taper «rake lms[cms.dev,0.0.0.0:8000]». Cette commande lance Rake, un outil Ruby de «construction de programme» (analogue à make) qui compile et édite des liens.
Une fois achevé, vous pouvez accéder à l'interface-usager en tapant l'Url «http://192.168.20.40:8000/» dans un fureteur.

5.3 - Lancement du «Studio» de edX

Après vous être connecté («sudo vagrant ssh») vous pouvez lancer le «Studio» qui est le système-auteur de edX (CMS - Content Management System) en tapant «rake cms[dev,0.0.0.0:8001]».
Une fois le script de «construction» du module «Studio» complété, vous pouvez y accéder en tapant l'Url «http://192.168.20.40:8001/» dans un fureteur.

5.4 - Activation du «Studio»

Pour activer le module «Studio», cliquez le bouton bleu «SIGN UP» situé en haut à droite de la fenêtre et remplissez le formulaire d'enregistrement et d'activation. Un jeton d'activation sera généré.

Pour récupérer l'Url d'activation cherchez la chaîne «registration@edx.org» dans les traces (logs) de la console où vous avez lancé le studio. Quelques lignes plus bas vous trouverez une Url d'activation de la forme «http://192.168.20.40:8001/ activate/123456789012345678901234567890123456» (Note: cette Url est fictive!)

Collez cette Url dans votre fureteur. Vous devriez avoir activé le «Studio» de edX.


Maintenant, vous êtes prêt à créer votre premier cours avec edX!



[EDX 2013] Il s'agit d'une adaptation « pas à pas », en langue française et pour Mac OS X d'une procédure d'installation proposée par edX https://github.com/edx/edx-platform#installation---the-first-time

jeudi 3 octobre 2013

edX, une plateforme CLOM qui s'impose

Avec l'annonce le 2 octobre 2013 de l'initiative FUN (sic) pour (France Université Numérique) basée sur la plateforme en logiciel libre edX, [FIORASO 2013], [BRAFMAN 2013], et celle quelques semaines plus tôt du partenariat entre Google et edX dans mooc.org, le futur YouTube des cours en lignes massifs [CLANCY 2013], la plateforme edX est devenue un incontournable.

FUN (sic)

En tant que Québécois, je salue l’initiative de nos amis Français, mais FUN (!?) pour France Université Numérique et MOOC (ou « moc » comme ils prononcent) alors qu’il existe CLOM (Cours en Ligne Ouverts et Massifs), un terme équivalent en français, me fait sourire! Vu du Québec, on ne peut que déplorer le glissement vers un « franglais » pseudo-branché d'une certaine élite française pour qui la modernité ne peut s'exprimer qu'en anglais. La langue française ne mérite-t-elle pas qu'on fasse preuve d'un peu de créativité?

Toutefois, sur le plan technique, le choix de se baser sur la plateforme en logiciel libre edX est excellent! On évite ainsi de réinventer la roue, tout en contribuant à une communauté active.

Les ENA classiques

Les ENA classiques (environnements numériques d’apprentissage) en anglais LMS (Learning Management System) ou VLE (Virtual Learning Environment) comme Moodle, Sakai, Blackboard, Claroline, etc. ne sont pas employés dans les CLOM vraiment massifs.

Ceci s’explique pour plusieurs raisons :

  • Capacité de monter en charge (scalability)
  • Les ENA classiques n’ont pas été conçus pour accueillir des dizaines voir des centaines de milliers d’étudiants dans un même cours. Au delà d'un certain nombre d'étudiants, le logiciel cesse tout simplement de fonctionner [EPELBOIN 2013]. De plus, certaines plateformes sont davantage des outils de gestion pédagogique que des outils d"enseignement à distance.
  • Architecture web moderne
  • Les ENA classiques ont pour la plupart été conçus à l'époque glorieuse du web 1.0 où l'on cliquait et attendait patiemment le chargement d'une page web. Certains ENA ont migré avec difficulté à coup de rustines vers des architectures plus modernes à base de services, de programmation par événements, de clients riches en technologie Ajax / HTML5 capables de supporter différents appareils mobiles ou fixes, sans oublier les bases de données NoSQL.
  • Architecture modulaire et extensible
  • La modularité de la plateforme edX est un atout important. La possibilité de définir ses propres composants sur la base d'APIs (interfaces applicatives) bien définies comme avec les XModules ou XBlocks applique des principes de génie logiciel éprouvés. La plateforme edX devient ainsi ouverte et extensible.
  • Une variété d'outils d'évaluation
  • La plateforme edX propose déjà une variété d'outils et de modes d'évaluation comme l'autoévaluation, l'évaluation par les pairs et diverses formes d'évaluation automatisée et par modules « intelligents ». Encore là, les possibilités d'extensions constituent un avantage.
  • Dimension sociale des CLOM
  • Les CLOM reposent en partie sur les échanges entre étudiants et de nouvelles fonctionnalités sont nécessaires pour travailler entre pairs, se corriger ou se juger entre étudiants (correction par les pairs). Les ENA classiques ne gèrent pas les échanges pair à pair [EPELBOIN 2013].
  • APIs de collecte des données d'apprentissage
  • Un autre aspect négligé par les ENA traditionnels est la collecte des données massives (Big Data) et particulièrement des données d'apprentissage (Learning Analytics) et de leur traitement statistique (Machine Learning) qui sont au coeur de la capacité des CLOM de s'améliorer sans cesse. Le traitement « intelligent » des données massives est la promesse qu'un jour les CLOM pourront adapter finement leur enseignement à chaque étudiant.
  • Déploiement dans le nuage
  • Plus important encore est la possibilité d'une diffusion massive qui repose sur l’infonuagique (cloud computing) le plus souvent bâtie au-dessus d’un offre commerciale (Amazon AWS, Google AppEngine, etc.) ce qui demande aussi une expertise assez pointue en informatique. Les ENA classiques comme Moodle et Sakai n’ont pas été conçus pour être déployés facilement dans le nuage.
    L'idée des architectures web échelonnables (Scalable) est précisément de permettre le passage à grande échelle d'une maquette logicielle sans modifier le code et les outils logiciels. C’est le même code informatique qui tourne pour 50 ou 50 000 utilisateurs, seulement le nombre de serveurs est plus grand.
    Au moment du déploiement massif, l'avantage de l'infonuagique est de pouvoir louer à la demande des infrastructures sur les plateformes comme Amazon ou Google. Ainsi on ne paie que pour ce qu'on utilise et on évite de coûteux investissements en immobilisation et achat de matériel.

Du logiciel libre svp!

Comme choix de plateforme technologique, nous écarterons Coursera et Udacity qui sont des plateformes de diffusion privées reposant sur des logiciels propriétaires utilisables seulement à travers la signature d’un partenariat. Cela dit Coursera demeure une solution rapide pour une première expérience CLOM dans le cas d’une université prestigieuse qui veut réduire ses risques (plateforme stable, publicité assurée).

Les principaux avantages de la plateforme CLOM edX sont premièrement d'être une plateforme technologique entièrement basée sur des logiciels libres et deuxièmement d'être une plateforme strictement sous le contrôle institutionnel. Ainsi, les universités qui participent au consortium edX contrôlent leur plateforme CLOM à la fois sur le plan technique et sur le plan économique sans lien avec des entreprises privées comme avec Coursera ou Udacity qui poursuivent leurs propres objectifs et intérêts.

La disponibilité en code source libre signifie que la plateforme edX peut être utilisée par d’autres universités et fournisseurs de services éducatifs. La plateforme edX peut être hébergée en interne ou par un service d’hébergement ou un service infonuagique (cloud) externe. La licence libre associée à la plateforme edX permet aux universités de contrôler leurs contenus selon diverses formes et pour différents publics sans autorisation du propriétaire de la plateforme [HAYWARD 2013].

La plateforme edX - point de vue technique

Annoncée en avril 2013 [RIVARD 2013a] et disponible depuis juin 2013, la plateforme edX en logiciel libre sous licence Affero GPL v3 est le résultat de la fusion des développements initiaux de edX (l’entreprise à but non lucratif fondée par Harvard et le MIT) avec Class2Go, une autre plateforme de CLOM en logiciel libre développée par des ingénieurs du département d'informatique de la Stanford University.

Codée essentiellement en Python avec un peu en Ruby, la contribution de l’équipe de Stanford enrichit la plateforme edX avec un outil de clavardage en temps réel, un module d’envoi massif de courriels, des scripts d’installations, des outils d’administration et l’intégration d’un outil externe de gestion / création de questionnaires [HAYWARD 2013].

Malgré sa jeunesse, la plateforme edX est riche, modulaire et conçue pour répondre aux différents critères énumérés plus haut dont le déploiement relativement aisé sur une infrastructure infonuagique. On remarquera l'emploi de Django dont le slogan est « Le socle d'application Web pour les perfectionnistes aux échéanciers serrés! » , de node.js pour la programmation événementielle et de MongoDB, la perle des bases de données NoSQL. Par dessus tout, edX dispose de nombreux APIs modulaires pour l'enseignement à distance, la correction automatique ou la cueillette de données d'apprentissage (edX Insights).

Du point de vue du génie logiciel (et de l'Homme de Java!), le principal défaut de edX est de reposer sur Python, un langage à script (typage dynamique) où l'on découvre ses erreurs à l'exécution. Cela dit, avec l'usage systématique des tests unitaires et du développement guidé par les tests (TDD: Tests Driven Development), la réalisation de logiciels complexes avec Python est tout à fait possible. Python présente aussi de gros avantages, sa simplicité, une syntaxe peu verbeuse, une sémantique cohérente et de nombreuses bibliothèques et extensions. Une fois maîtrisé, Python permet une excellente productivité. Un dernier argument est la quasi mainmise d'Oracle sur le langage Java qui éloigne les nouveaux développements en logiciels libres de Java.

L’annonce le 10 septembre 2013 d’un partenariat entre Google et edX [CLANCY 2013] pour l’hébergement gratuit de CLOM souligne la forte dynamique des CLOM. Cela montre aussi l'importance de maîtriser l'infrastructure infonuagique qui supporte le déploiement massif des CLOM. Cette annonce renforce le choix de edX comme plateforme de CLOM.

Conclusion et perspectives

La disponibilité de la plateforme edX en logiciel libre conçue spécifiquement pour l'enseignement massif à distance et selon une architecture résolument moderne mérite un coup d'oeil.

Issue des trois grandes universités américaines que sont Harvard, Stanford et le MIT, edX mérite que l'on s'y attarde.

Adoptée par 20 des plus grandes universités dans le monde, par la France pour sa plateforme nationale et bientôt disponible sur l'infrastructure de Google, la plateforme edX est devenue une incontournable.

Ma seule réserve est que edX exigerait une contribution financière importante pour faire partie de son consortium. Être membre de ce « Club Select » permet de bénéficier du support technique, de la plateforme de déploiement infonuagique et surtout de la visibilité du portail edX. Par contre, rien n'interdit à une université de se débrouiller à partir des codes sources. En cela, l'annonce du partenariat avec Google dans mooc.org constitue un débloquant majeur.



[FIORASO 2013] Fioraso, Geneviève, France Université Numérique : construire l'Université de demain, Discours de la Ministre de l'Éducation supérieure, 2 octobre, 2013.
http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid74183/france-universite-numerique-construire-l-universite-de-demain.html

[BRAFMAN 2013] Brafman, Nathalie. “L’université française passe de l’amphi aux cours en ligne.” Le Monde.fr, October 2, 2013.
http://www.lemonde.fr/enseignement-superieur/article/2013/10/02/l-universite-francaise-passe-de-l-amphi-aux-cours-en-ligne_3488383_1473692.html.

[CLANCY 2013] Clancy, Dan. “We Are Joining the Open edX Platform.” Blog. Google Research Blog, September 10, 2013.
http://googleresearch.blogspot.ca/2013/09/we-are-joining-open-edx-platform.html

[EPELBOIN 2013] Epelboin Yves. “Les MOOC en Europe.” UPMC - TICE - Confluence, July 2013.
http://wiki.upmc.fr/display/tice/Les+MOOC+en+Europe

[HAYWARD 2013] Hayward Brad. “Stanford Online Coursework to Be Available on New Open-source Platform.” News. Stanford University, June 11, 2013.
http://news.stanford.edu/news/2013/june/open-source-platform-061113.html

jeudi 13 juin 2013

Vers des CLOM-P


Des CLOM-portfolios pour l'apprentissage par compétences

                                                                                                                This post in English

En combinant le CLOM et le portfolio numérique basé sur un référentiel de compétences, le CLOM-portfolio ou CLOM-P (en anglais pMOOC ou Portfolio MOOC) est l’assise technologique sur laquelle établir l’apprentissage par compétences dans un CLOM [COULOMBE 2013]. Plus spécifiquement nous parlons des portfolios qui placent « l'évaluation des compétences » au cœur du processus d'apprentissage [PAQUETTE 2002a], [RAYNAULD et al. 2011], [RAYNAULD et al. 2012].

Les portfolios numériques

En éducation, les portfolios numériques (ou eportfolios) sont déjà utilisés pour les projets d'étudiants et contiennent des documents et artefacts souvent accompagnés de la description des étapes du projet. Les eportfolios peuvent être utilisés à de nombreuses fins: pour la présentation (sorte de curriculum vitae numérique), pour la recherche d’emploi, pour l’apprentissage en fournissant des données pour les évaluations formatives et sommatives et l'auto-réflexion, pour l’évaluation des compétences et même la certification en démontrant la satisfaction des normes.

Le CLOM-P, un hybride

Le CLOM-P est hybride dans le sens qu’il s’inscrit dans une évolution des plateformes xMOOC dites de transmission du savoir (avec le « x » en référence à l’intitiative EdX) dont la pédagogie est centrée sur le professeur mais en empruntant certains éléments aux cMOOC (c pour « connectivisme ») où la pédagogie est davantage centrée sur la génération et le partage du savoir par les participants selon la nomenclature proposée par Stephen Downes et publiée sur le blogue de George Siemens [SIEMENS 2012]. Nous sommes toutefois bien conscients du flou associé à ces définitions.

L’objectif d’un CLOM-portfolio est d’élargir la logique de « cours à la carte » des CLOM actuels pour embrasser une logique de « programme de cours » qui vise une formation complète selon une approche par compétences.

Au niveau des contenus, le CLOM-P repose sur des contenus structurés à l’image des xMOOC mais le syllabus, les contenus et les évaluations sont entièrement basés sur un référentiel de compétences [RAYNAULD 2011].

Accessible en tout temps sur micro-ordinateur ou plateforme mobile, le CLOM-P apparaît comme l’outil idéal de support à la formation, à l’évaluation et au suivi pour démontrer la progression des apprentissages et l’atteinte des compétences et des critères nécessaires à la certification des formations [GERBÉ & al. 2012].

L’évaluation au coeur du concept de CLOM-P

Les CLOM actuels simplifient l’usage des outils informatiques par les étudiants qui sont en majorité des natifs du numériques tout en étant, en quelque sorte, « inadaptés » au contexte d’un apprentissage efficace et organisé, particulièrement dans une approche par compétences.

Étant donné le côté massif des CLOM, les seuls types d'évaluation qui peuvent être accomplis « automatiquement » sont plutôt superficiels. En résumé, quatre types d’évaluation sont proposées : 1) les questions à choix multiples intégrées aux capsules d’enseignement pour s’assurer que les étudiants ont bien suivi et portent attention selon une pédagogie dite de la maîtrise (Mastery Learning) [Wikipédia 2013]; 2) les évaluations à la fin de chaque module, sous la forme de questionnaires plus élaborés; 3) les travaux pratiques que l’on peut soumettre pour évaluation automatique (comme les programmes informatiques); 4) les devoirs ou courts essais à être évalués par les pairs. Dans l'évaluation par les pairs, on peut introduire un indice de « réputation » (reputation score) afin d’identifier les meilleurs évaluateurs et d'inciter à un comportement éthique [JOSANG et al. 2007].

Or, précisément les portfolios numériques basés sur les compétences se caractérisent par une grande richesse d'outils d'évaluation faisant intervenir de multiples agents: évaluation automatique, autoévaluation, évaluation par les pairs et une multitude de scénarios d'évaluation par les tuteurs, les professeurs, les responsables de stage, les chargés de travaux pratiques ou de laboratoires qui peuvent faire intervenir au besoin des comités et des jurys [RAYNAULD et al. 2012].

Le CLOM-P comme élément intégrateur

Dans beaucoup de situations les CLOM peuvent être utilisés dans ce qu’on appelle des « classes inversées » (flipped classrooms) où les étudiants consultent le contenu en ligne et font des exercices avant de se rendre en classe. La classe devient alors le lieu pour discuter des difficultés rencontrées, pour aller plus en profondeur sur certains sujets et réaliser des activités d'apprentissage plus riches et interactives comme des ateliers ou des laboratoires[HOPKINS 2012].

Cela constitue une belle occasion d’apporter une valeur ajoutée à des étudiants en présentiel (par des discussions, sessions Q/R, des exemples, des études de cas, des jeux de rôle, etc.) qui devront bien sûr payer une prime pour ces privilèges. On pense aussi aux apports des simulations et des jeux sérieux (serious games) qui mobilisent d’autres formes d’apprentissage sans toutefois remplacer l’expérience pratique.

Nous avons également vu que beaucoup de disciplines enseignées à l’université requièrent un enseignement pratique avec mises en situation, études de cas, stages et laboratoires.

Encore là, le CLOM-portfolio est particulièrement bien adapté car il joue alors le rôle d’élément intégrateur et assure le suivi et la coordination des différentes activités d’apprentissage et des évaluations par l’informatique et par le personnel enseignant.

Le référentiel de compétences, l'élément central des CLOM-P

L’apprentissage à base de compétences demande que les enseignements soient décomposés en compétences de différents niveaux qui peuvent être évalués via des observables opérationnels [TARDIF 2006]. Toutes ces informations modélisées et traitables par des programmes informatiques sont contenues dans un référentiel de compétences numérique. Le référentiel de compétences constitue donc le coeur du CLOM-portfolio.

L’emploi d'un référentiel de compétences permet de concevoir des cours modulaires où les étudiants pourront suivre différents parcours selon leurs besoins et intérêts. Les compétences peuvent alors être combinées selon différents scénarios pédagogiques en fonction des étudiants et des objectifs de formation.

Support des processus d'apprentissage

Un autre élément clé des CLOM-P est leur support des processus d’apprentissage. Alors que dans les CLOM conventionnels xMOOC le support repose essentiellement sur l’usage de forums de discussions ou de blogues / wikis individuels dans le cas des cMOOC, les CLOM-P se distinguent par une approche multi-acteurs structurée en scénarios pédagogiques variés et intégrant une fonction de réseau social [FILIPPI et al. 2012].

Conclusion et perspectives

Les CLOM vont se développer dans plusieurs directions. L’utilisation des CLOM en association avec des portfolios numériques pour l’apprentissage à base de compétences constitue une évolution intéressante et prévisible.



[COULOMBE 2013] Coulombe C., Vers les CLOM-p - Les CLOM portfolios pour l'agrément des compétences, Journée MATI Montréal 2013, L’innovation dans les modèles, méthodes et outils pour l’apprentissage et le développement des compétences, Montréal, 1er mai 2013. Diapos de la présentation - consulté en 2013 Vidéo de la présentation - consulté en 2013
[RAYNAULD et al. 2012] Raynauld, J., Martel, C., Gerbé, O. et Coulombe, C. Les portfolios d'évaluation : un dispositif intégré reposant sur l'évaluation des compétences dans le cadre de situations pédagogiques variées, Actes du Colloque de l'Association internationale de pédagogie universitaire, 14 au 18 mai 2012, Trois-Rivières, Québec, p.634-641.
[SIEMENS 2012] Siemens, G., What Is the Theory That Underpins Our Moocs?, Blogue. Elearnspace, 3 juin 2012. http://www.elearnspace.org/blog/2012/06/03/what-is-the-theory-that-underpins-our-moocs/ - consulté en 2013
[RAYNAULD 2011] Raynauld, J., Référentiels de compétences : des besoins exprimés à la mise en oeuvre, GTN - Québec: journée d'étude sur le développement et la diffusion des ressources numériques d'apprentissage, 29 novembre 2011 , Montréal, Québec.
[GERBÉ & al. 2012] Gerbé, O., Coulombe, C. et Raynauld, J. Zone Cours Mobile : toutes les informations à caractère pédagogique pour les apprenants nomades, 2ème journée de MATI Montréal dans le cadre du colloque scientifique international sur les TIC en éducation, 3 au 4 mai 2012, Montréal, Québec.
[Wikipédia 2013] Wikipédia, Mastery learning. In Wikipedia, the free encyclopedia 24 février 2013, http://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Mastery_learning - consulté en 2013
[JOSANG et al 2007] Josang A., Ismail R., Boyd C., A Survey of Trust and Reputation Systems for Online Service Provision, Decision Support Systems, vol. 43, no 2, Elsevier, mars 2007, p. 618-644.
[HOPKINS 2012] Hopkins, C, Future U: Fear and Loathing in Academia. Ars Technica, June 10, 2012. http://arstechnica.com/business/2012/06/future-u-fear-and-loathing-in-academia/ - consulté en 2013
[FILIPPI et al. 2012] Filippi, L., Cantaroglou, F., Gerbé, O. et Raynauld, J. Du portefeuille de formation au portfolio de compétences : valoriser les communautés professionnelles pour favoriser l'accès à l'emploi, Actes du colloque 508 sur les systèmes pédagogiques intégrés, ACFAS 2012, 7 mai 2012 Montréal, Québec.
[RAYNAULD et al. 2011] Raynauld, J., Martel, C., Gerbé, O. et Coulombe, C. « Assessment Portfolios: An Integrated Model-Based Approach Supporting The Needs And Scenarios Across Users, ePic 2011 », Proceedings of the ePIC2011 ePortfolio & Identity Conference, 11 au 13 juillet 2011, London, England, p.162-167.

dimanche 12 mai 2013

Le nécessaire virage vers les compétences des CLOM

                                                                                                                This post in English

Les CLOM (MOOCs) actuels présentent une vision morcelée de la formation avec des cours à la carte, très ponctuels, et l’absence de programme et de formation à long terme. Cela s’explique sans doute en partie par leur jeunesse, comme peu de contenu a été médiatisé sur ces plateformes. De plus, les CLOM (MOOCs) offrent peu ou pas d’encadrement pédagogique, ni de support pour les étudiants moins motivés ou moins autonomes [ROSENTHAL 2013]. De plus, alors que beaucoup de disciplines enseignées à l’université comme la médecine, les sciences expérimentales ou les arts, requièrent un enseignement pratique avec stages, studios ou laboratoires, les CLOM actuels ne peuvent répondre à ces besoins d’apprentissage.

Enfin, plus important, la plupart des CLOM se cantonnent pour le moment à la transmission des connaissances, ce qu'on appelle les xMOOC, et négligent le nécessaire virage pédagogique vers les compétences comme l’appelle de tous ses voeux Thomas L. Friedman, le célèbre éditorialiste du New-York Times, dans un article au titre évocateur « The Professor’s Big Stage » (La grande estrade du professeur) paru le 6 mars 2013, dont nous soulignons quelques passages [FRIEDMAN 2013].

The world only cares, and will only pay for, what you can do with what you know. … We’re moving to a more competency-based world where there will be less interest in how you acquired the competency — in an online course, at a four-year-college or in a company-administered class — and more demand to prove that you mastered the competency. - Thomas L. Friedman, New-York Times – 6 mars 2013

Friedman rejoint en cela Gilbert Paquette qui, en 2002, enjoignait les Québécois « à relever le défi de la société du savoir » par le développement de plateformes visant l’amélioration des compétences [PAQUETTE 2002b].

Qu'est-ce que l'approche par compétences?

L’approche par compétences (competency-based) est née de la rencontre entre le pragmatisme des entreprises et celui de la pédagogie par objectifs. Elle s’inscrit dans une logique de personnalisation de la formation, de prise en main et de réflexion de l’étudiant sur sa formation. Dans cette vision, l’approche par compétences inclut aussi l’approche par projets et le suivi de stages.

La compétence d'abord conçue dans une approche comportementale (ou béhavioriste) est aujourd’hui comprise dans une approche plus systémique. Nous nous inspirerons de la définition du concept de « compétence » énoncée par Jacques Tardif, spécialiste québécois de l’approche par compétences [TARDIF 2006].

Une compétence est un savoir-agir complexe prenant appui sur la mobilisation et la combinaison efficaces d'une variété de ressources internes et externes à l'intérieur d'une famille de situations.

On constatera que le mot « ressource » a remplacé le mot « connaissance » et que l'on considère que les ressources externes peuvent se révéler cruciales dans la mobilisation d'une compétence.

L’approche par compétences répond aussi aux demandes grandissantes de «professionnalisation» de la formation universitaire par les associations et ordres professionnels qui souvent accréditent les programmes de formation universitaires.

Un autre aspect concerne l'acquisition des compétences et le maintien de ces compétences dans le cadre d'un programme d'éducation continue / permanente [PAQUETTE 2002a].

Le virage vers les compétences

Face à une demande de diversification des moyens d’apprentissage par les natifs du numérique, la mobilité de la main-d’oeuvre et la concurrence des puissances émergentes de l’internet comme les CLOM, Google, LinkedIn et autres « distributeurs » d'insignes numériques (digital badges), le développement des compétences deviendra un enjeu stratégique majeur pour les universités traditionnelles qui devront bien établir la « valeur des diplômes » [COULOMBE 2013a]. Certains considèrent que l'apprentissage à base de compétences sera le catalyseur du changement du modèle économique de l'enseignement supérieur [MORRISON 2012].

Aussi, dans un monde où la tendance est de voir se multiplier le plagiat ainsi que les insignes numériques et les certificats de valeur douteuse, nous pouvons faire l’hypothèse que les recruteurs voudront miser sur les résultats d'activités qui démontrent les compétences réelles des candidats [COULOMBE 2012].

L'évaluation au coeur de l'approche par compétences

Au coeur de l'approche par compétences on trouve l'évaluation fréquente des compétences afin de suivre, d'encadrer et de documenter le processus d'apprentissage des compétences [TARDIF 2006]. On peut même observer que l'importance apportée à « la mesure » via l'évaluation des compétences est caractéristique du passage d'une activité artisanale à une véritable ingénierie pédagogique.

L’approche par compétences s’inscrit également dans une logique de suivi du cheminement de l’étudiant, de support à la performance, d’agrément (ou certification) des savoirs opérationnels et/ou compétences, d’accréditation des cours et des programmes par les associations professionnelles. Cela constitue une occasion pour les institutions d'enseignement reconnues de se distinguer en offrant la certification par signature électronique non seulement des diplômes mais également au niveau de granularité plus fin des compétences.

Or, le suivi des apprentissages exige du contrôle, des évaluations fréquentes et un encadrement qui sont plutôt lourds et impopulaires dans le contexte académique traditionnel mais qui peuvent être pris en charge avec l'aide des bonnes solutions technologiques.

Dans un prochain billet nous présenterons des outils numériques à associer au CLOM pour mieux supporter l'approche par compétences.



[ROSENTHAL 2013] Rosenthal, A. The Trouble With Online College, Article de journal, The New York Times, 18 février 2013, sec. Opinion. http://www.nytimes.com/2013/02/19/opinion/the-trouble-with-online-college.html - consulté en 2013
[FRIEDMAN 2013] Friedman, T. L., The Professors’ Big Stage, Article de journal, New York Times, 6 mars 2013. http://www.nytimes.com/2013/03/06/opinion/friedman-the-professors-big-stage.html - consulté en 2013
[PAQUETTE 2002b] Paquette, G.. Modélisation des connaissances et des compétences. Presses de l’Université du Québec, 2002. Québec, Québec, p. 66
[TARDIF 2006] Tardif, J. L’évaluation des compétences. Chenelière Éducation, 2006, p.
[COULOMBE 2013a] Coulombe, C. Réinventer l’université québécoise à l’Âge du numérique Blogue. La rhétorique de l’Homme de Java, 12 janvier 2013. http://hommedejava.blogspot.ca/2013/01/reinventer-luniversite-quebecoise-lage.html - consulté en 2013
[MORRISON 2012] Morrison, Debbie. The Next Big Disruptor - Competency-based Learning. Blog. Online Learning Insights, June 12, 2012. http://onlinelearninginsights.wordpress.com/2012/06/12/the-next-big-disruptor-competency-based-learning/ - consulté en 2013
[COULOMBE 2012] Coulombe C., L'infonuagique éducative : promesses et défis!, Colloque international sur les TIC en éducation, 3 et 4 mai 2012, Montréal, Québec.
[PAQUETTE 2002a] Paquette, G., L’ingénierie pédagogique. Presses de l’Université du Québec, 2002, Québec, Québec, p. 62

mardi 30 avril 2013

Vers un nouveau modèle économique pour la formation universitaire et professionnelle

                                                                                                                This post in English

Les CLOM (en anglais MOOCs) actuels ne délivrent ni diplômes ni crédits de cours mais seulement de petits certificats qui attestent de la complétion du cours sans même s’assurer que les étudiants aient bien fait leur travail eux-mêmes. On peut même imaginer des situations où des étudiants ont payé d’autres personnes pour faire leurs examens ou leurs devoirs ou encore ont utilisé de nombreux comptes fictifs pour mieux réussir [ANDERS 2012]. Les CLOM actuels sont le royaume du plagiat!

Mais avec le temps, les choses évoluant, on peut s’attendre à ce que soit trouvé le moyen de s’assurer que les étudiants ne puissent pas tricher et qu’ils méritent les crédits ou diplômes qui pourraient éventuellement leur être décernés [SCHMIDT 2012].

À court terme, le meilleur moyen pour y parvenir est l'examen contrôlé et il existe des centres de tests où, après s'être dûment identifié, l'étudiant est évalué dans un environnement contrôlé (poste isolé, surveillance par caméra, aucun accès à internet, parfois même enfermé dans une cage de Faraday empêchant de communiquer par les ondes). D'ailleurs Udacity et EdX, deux des trois principaux CLOM américains ont signé des ententes avec Pearson VUE qui opère quelques 4000 centres de tests dans 170 pays [UDACITY 2012], [KOLOWICH 2013]. On annonce même pour bientôt des systèmes de surveillance en ligne basés sur l'analyse du comportement des étudiants, l'analyse de la frappe au clavier et l'oculométrie (eye tracking) à partir des images d'une petite caméra web [EISENBERG 2013].

En parallèle se développe un écosystème d’attribution d'insignes numériques (digital badges) et de recommandations par les pairs qui concurrence les institutions établies, surtout pour des formations courtes et ponctuelles [CAREY 2012a].

Carey suggère ainsi qu’un nouveau modèle économique de formation universitaire et professionnelle se profile à l’horizon: l’éducation et tous les contenus seront gratuits et accessibles à tous, c’est la certification par le passage d’examens qui sera payante [CAREY 2012b]. On retrouve là une stratégie de « produit d’appel » (loss leader ou freemium), on attire le client par le gratuit pour ensuite lui vendre l’indispensable (ici la certification).

Dans un prochain billet nous verrons comment l'émergence de ce nouveau modèle économique entraîne un virage vers l'apprentissage selon l'approche par compétences.



[ANDERS 2012] Anders, G. How Would You Like A Graduate Degree For $100?, Magazine, Forbes, 5 juin 2012. http://www.forbes.com/sites/georgeanders/2012/06/05/udacity-sebastian-thrun-disrupting-higher-education/ - consulté en 2013
[SCHMIDT 2012] Schmidt, D. C. Massively Open Online Courses, Baladodiffusion Software Engineering Radio, 7 janvier 2013, Vol. 191. http://www.se-radio.net/2013/01/episode-191-massively-open-online-courses/ - consulté en 2013
[UDACITY 2012] Udacity, Udacity in Partnership with Pearson VUE Announces Testing Centers, Blogue. Udacity Blog, 1 juin 2012,http://blog.udacity.com/2012/06/udacity-in-partnership-with-pearson-vue.html - consulté en 2013
[KOLOWICH 2013] Kolowich, S., How EdX Plans to Earn, and Share, Revenue From Its Free Online Courses, Article de journal, The Chronicle of Higher Education, 21 février 2013, sec. Technology. http://chronicle.com/article/How-EdX-Plans-to-Earn-and/137433/ - consulté en 2013
[EISENBERG 2013] Eisenberg, A., Keeping an Eye on Online Test-Takers, Article de journal, The New York Times, 2 mars 2013, sec. Technology. http://www.nytimes.com/2013/03/03/technology/new-technologies-aim-to-foil-online-course-cheating.html - consulté en 2013
[CAREY 2012a] Carey, K., A Future Full of Badges, Article de journal, The Chronicle of Higher Education, 8 avril 2012, sec. Commentary. http://chronicle.com/article/A-Future-Full-of-Badges/131455/ - consulté en 2013
[CAREY 2012b] Carey, K.. Into the Future With MOOC’s, Article de journal, The Chronicle of Higher Education, 3 septembre 2012, sec. Commentary. http://chronicle.com/article/Into-the-Future-With-MOOCs/134080// - consulté en 2013

jeudi 21 février 2013

Bienvenue à McGillX, le futur CLOM de l'université McGill

                                                                                                                This post in English

À la veille du « Sommet sur l'enseignement supérieur », l'université McGill montre qu'elle entre sérieusement dans l'ère des CLOM (Cours en ligne ouverts aux masses ou MOOC en anglais) en annonçant aujourd'hui (21 février 2013) qu'elle s'est jointe au consortium EdX [1],[2],[3], sous le nom McGillX [4].

Comme mentionné dans un précédent billet, la plateforme EdX, promue par un consortium formé par l’Université Harvard, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et l'université Berkeley, a été lancée en mai 2012 [5].

Les principaux avantages de la plateforme CLOM EdX sont premièrement d'être une plateforme strictement sous le contrôle institutionnel et deuxièmement d'être une plateforme technologique entièrement basée sur des logiciels libres [6].

Ainsi, les universités qui participent au consortium EdX contrôlent leur plateforme CLOM à la fois sur le plan technique et sur le plan économique sans lien avec des entreprises privées comme avec Coursera [7] ou Udacity [8] qui ont leurs propres objectifs et intérêts.

À première vue, EdX est un bon choix, mais ce n'est pas une panacée. D'après des sources bien informées, EdX exigerait une contribution financière importante pour faire partie de son consortium, une sorte de « Club Select » ou de « Old Boys' Club ». Aussi Coursera serait plus ouvert et son modèle d'affaire pourrait être compatible avec la mission des universités. Il faudra voir également avec les consortiums d'Europe ou de la Francophonie qui sont en formation ou même avec un éventuel « Consortium québécois » qui rallierait les expertises de nos universités et d'institutions comme la Téluq, le CRIM et le RISQ.

Après le lancement par HEC Montréal de l'initiative EDUlib [9], le CLOM pionnier au Québec qui est pleinement opérationnel, saluons l'annonce de l'Université McGill qui montre que ses dirigeants ont une vision de l'avenir de leur université à l'Âge du numérique.

Espérons que l'initiative de l'université McGill, même si elle fait un peu « bande à part », aura le mérite de mettre les CLOM à l'ordre du jour du « Sommet québécois sur l'éducation supérieure » ou du moins dans les discussions de couloir.



[1]http://www.boursereflex.com/actu/2013/02/21/edx_elargit_sa_presence_internationale_et_double_le_nombre_de_ses_adherents_en_accueillant_six_nouvelles_ecoles
[2]http://www.technapex.com/2013/02/edx-doubles-its-schools-with-addition-of-six-new-universities/
[3]http://www.montrealgazette.com/news/McGill+gets+MOOC+bandwagon/7998762/story.html [4]https://www.edx.org/university_profile/McGillX
[5]https://www.edx.org
[6] Darrow, B. (2012, May 2). MIT and Harvard say open-source edX can educate a billion people. GigaOM. http://gigaom.com/2012/05/02/mit-and-harvard-say-open-source-edx-can-educate-a-billion-people/
[7]https://www.coursera.org/
[8]https://www.udacity.com/
[9]https://edulib.hec.ca/

dimanche 17 février 2013

L'ingrédient secret des CLOM dévoilé...

                                                                                                                This post in English

L'entrée fulgurante des CLOM (Cours en ligne ouverts aux masses), ou MOOCs pour les anglophiles, fut assurément l'événement dominant dans le monde de l'éducation supérieure en 2012, du moins aux États-Unis où le New-York Times qualifiait 2012 d'année du CLOM (The Year of the MOOC) [1]. On y évoque même la « CLOM manie » (MOOC Mania) [2],[3],[4].

Nous allons essayer de comprendre pourquoi nous assistons non pas à une mode passagère mais bien au début d'une véritable révolution industrielle en éducation.

Cela dit, on lit beaucoup que finalement les CLOM changeront peu la donne actuelle en éducation. On souligne leurs défauts et on met en garde contre un trop grand enthousiasme [5],[6],[7].

Beaucoup se rassurent en ergotant sur le haut taux de décrochage des usagers des CLOM de l'ordre de 90 % [8],[9] ou leur pédagogie « simpliste » ou carrément ils assurent que les CLOM sont inefficaces voir dangereux pour les étudiants plus faibles ou mal encadrés [10]. Dans tous ces défauts de jeunesse, ils y voient une preuve que les CLOM ne sont pas là pour durer ou encore qu'il s'agit d'une mode passagère qui une fois passée l'engouement de la nouveauté ne laissera derrière elle qu'une faible adoption.

Passons rapidement sur la critique basée sur les forts taux de décrochage car il suffit de quelques clics pour s'inscrire à un cours sur un CLOM. Les CLOM attirent donc un très grand nombre de curieux et beaucoup s'inscrivent à des cours pour lesquels ils n'ont pas les pré-requis. C'est dans la nature même des CLOM de donner la chance au plus grand nombre de personnes de s'inscrire et de tenter l'expérience.

Pour le reste, beaucoup des critiques témoignent soit de la sempiternelle « résistance aux changements » ou de l'ignorance des possibilités du traitement des données massives (Big Data) et de l'apprentissage statistique (Machine Learning).

Les CLOM représentent une révolution en marche pour quatre raisons: d'abord leur bas coût, leur côté pratique car il sont particulièrement bien adaptés aux natifs du numérique, leurs qualités intrinsèques et surtout leur potentiel quasi illimité de s'améliorer et d'évoluer.

L'avantage coût

La question économique est au coeur de la révolution des CLOM, les nouvelles technologies remettent en question l’économie même de l’éducation par leur faible coût [11], car la gratuité est un prix difficile à battre!

Le côté pratique

Au delà de l’effet de mode bien réel, les CLOM sont d’abord éminemment pratiques car mieux adaptés aux besoins de la nouvelle clientèle des « natifs du numérique » qui est mobile et constamment branchée.

N’importe qui, n’importe quand et de n’importe où dans le monde aura accès à ses cours dans la mesure où il dispose d'un appareil connecté à internet avec un fureteur et disposant de la bande passante suffisante pour voir une vidéo en ligne [12].

La vision de petits groupes de 20 personnes en interaction face à face avec leur professeur est loin de la réalité de la plupart des étudiants. Au contraire cette vision romantique cède le plus souvent la place à celle d’un grand amphithéâtre de 200 à 300 étudiants avec un chargé de cours un peu perdu sur son estrade qui donne son cours pendant deux à trois heures devant des étudiants distraits qui écoutent à moitié, surfent sur le Web, microbloguent (Tweets), écrivent des textos ou clavardent. De plus, seul une petit nombre d'étudiants, les plus extravertis et les plus motivés lèvent la main pour poser des questions et engager un bref dialogue avec le professeur [12].

D’ailleurs, le déficit d’attention et le comportement multitâche typique des « natifs du numérique » exige que l’on saucissonne la matière à passer en capsule de 10 à 20 minutes maximum ce qui est une pratique courante des CLOM de première génération.

On constate la même adéquation des CLOM pour les clientèles de l’éducation permanente et la formation continue qui constitue le bassin naturel des utilisateurs des CLOM de première génération [13].

Une autre utilisation des CLOM est ce qu’on appelle la « classe inversée » (Flipped Classrooms) où les étudiants consultent le contenu en ligne et font des exercices avant de se rendre en classe. La classe devient alors le lieu pour discuter des difficultés rencontrées et pour aller plus en profondeur sur certains sujets [14].

La qualité

La première génération de CLOM constitue déjà une réponse « pragmatique » apte à satisfaire une partie des besoins d’enseignement en ligne. Juste ce qu’il faut, pas moins, pas plus. C’est le fameux pragmatisme des entrepreneurs de la Silicon Valley, le même qui a donné naissance au iPhone qu’on s’arrache aujourd’hui mais qui descend du premier ordinateur Apple avec son boîtier de contreplaqué et construit dans le garage des parents de Steve Jobs.

La qualité des professeurs, des contenus et de la pédagogie des CLOM est souvent meilleure que dans les cours traditionnels. Soyons honnêtes, à bien des égards les courtes capsules vidéo accompagnées de petits exercices évalués automatiquement pour vérifier la bonne compréhension des étudiants dans une stratégie d’apprentissage actif qualifiée de pédagogie de la maîtrise (Mastery Learning) [15] représentent une amélioration notable par rapport à bien des cours actuellement donnés en amphithéâtre.

La capacité d'évolution future

Les CLOM ont un énorme potentiel d’évolution dans le futur et ce dans plusieurs directions, y compris du côté de l’encadrement, du suivi et de la certification des compétences. C’est d’ailleurs une direction dans laquelle je suis personnellement impliqué.

En effet, les CLOM de première génération sont encore primitifs par rapport à des systèmes plus sophistiqués comme les systèmes tutoriels intelligents et autres systèmes d’enseignement assisté par ordinateur qui sont restés jusqu’ici confinés aux laboratoires.

Ce n’est qu’une première étape. La partie invisible des CLOM est la collecte massive des données sur le comportement des étudiants. On parle ici du traitement de données massives (Big Data) dont les résultats serviront à améliorer les CLOM de la prochaine génération [16]. On reconnaît là une pratique courante du Web 2.0 « à la Google » qui consiste à exploiter les données de ses millions d’utilisateurs pour améliorer les résultats de son moteur de recherche. Les données d’utilisation sont une véritable mine d’or car « quand l’usage est gratuit c’est que l’utilisateur est le produit ».

Aussi, justement à cause de leur caractère massif, la capacité des CLOM de s’améliorer et d’évoluer est quasi illimitée. En fait, ce qui est difficile à croire, mais qui est tout à fait possible, c’est d’offrir la qualité d’enseignement d’un tutorat individuel mais pour un très grand nombre d’utilisateurs grâce au traitement des données massives (Big Data).

Il n’est pas évident pour un professeur de dépister les sources de confusion et les approches pédagogiques moins efficaces à partir de petits échantillons de données issues d'une classe de 20 étudiants afin d’améliorer son cours. Les CLOM avec leurs milliers d’étudiants permettent d’utiliser des méthodes statistiques pour détecter les problèmes et améliorer l’enseignement. On peut également utiliser des techniques d’apprentissage statistique (Machine Learning) pour découvrir des situations (Patterns) communes aux étudiants qui ont des difficultés afin de leur présenter des indices ou des explications pour les aider. Par rapport à un humain, l’ordinateur est patient, il ne s’énerve jamais et il est toujours prêt à reprendre ses explications, ce qui en fait le tuteur idéal. On verra donc émerger des façons de personnaliser finement l’enseignement à chaque étudiant d’une manière telle que l’on a tout simplement ni le temps, ni les moyens de faire aujourd’hui [12]. C'est la promesse des CLOM de seconde et troisième génération.

Un des plus grands freins dans l’adoption plus large des CLOM aujourd’hui est qu'ils ne délivrent ni diplômes ni crédits de cours [17]. Pour cela, il faudrait s’assurer que les étudiants font bien leur travail eux-mêmes. On peut même imaginer des situations où des étudiants vont payer d’autres personnes (Outsourcing) pour faire leurs examens ou leurs devoirs. Mais avec le temps, les choses évoluant, on trouvera bien un moyen pour s’assurer que les étudiants n’ont pas triché et qu’ils ont bien mérité les crédits ou diplômes qu’on pourrait éventuellement leur décerner [18].

À court terme, le meilleur moyen pour y parvenir est l'examen contrôlé. Il existe des centres de tests où après s'être dûment identifié, l'étudiant est évalué dans un environnement contrôlé (poste isolé, surveillance par caméra, aucun accès à internet, parfois même cage de Faraday empêchant de communiquer par les ondes). D'ailleurs Udacity, un des trois principaux CLOM américains a signé une entente avec Pearson VUE qui opère quelques 4000 centres de tests dans 170 pays [19]. On annonce même pour bientôt des systèmes de surveillance en ligne basés sur l'analyse du comportement des étudiants et éventuellement l'oculométrie (eye tracking) à partir des images d'une petite caméra web [20].

Évidemment, il y a une grande demande pour des outils de détection du plagiat. Pour les travaux, il existe des technologies pour détecter la fraude basée sur l'analyse de texte, la lexicométrie, la stylistique, l'analyse statistique et la comparaison avec d'autres textes glanés sur internet et spécialement indexés pour cet usage. C'est un domaine de recherche et d'application en pleine expansion.

Encore là, grâce à l’accumulation des données sur les étudiants et à l'analyse statistique des données massives (Big Data) on sera en mesure d'améliorer les outils de détection du plagiat et s’assurer que les étudiants font eux-même leur travail.

Les deux fondateurs de Coursera, M. Ng et Mme Koller sont des spécialistes de l'apprentissage statistique (Machine Learning) et professeurs à Stanford. À n’en pas douter, les « grosses têtes » en apprentissage statistique (Machine Learning) derrière Udacity et Coursera, ne vont pas en rester là. Il vont utiliser toutes les données recueillies pour bâtir les CLOM de seconde génération, puis de troisième…

Une innovation de rupture

Cette capacité d'amélioration incessante des CLOM est la signature d'une innovation de rupture. L'idée d'innovation de rupture a été énoncée par le professeur Clayton Christensen, de la Harvard Business School dans son livre « The Innovators Dilemna» [21].

Peut-être que le mot « rupture » a été un peu galvaudé au sujet des CLOM. Mais, le mot « rupture » a une signification particulière lorsque l'on parle d'innovation de rupture. Et les CLOM présentent les caractéristiques essentielles d'une innovation de rupture.

Selon sa définition, « Une innovation de rupture est une innovation qui s'établit d'abord dans des applications simples de « bas de gamme », puis se déplace inexorablement vers le « haut de gamme », pour éventuellement déloger des concurrents bien établis » [22]. Un atout majeur de l’innovation de rupture est de passer relativement inaperçue, car jugée peu menaçante à ses débuts par les concurrents établis, jusqu’à ce qu’il soit trop tard [23], [24],[25].

Précisément, la première génération de CLOM constitue une réponse innovante et pragmatique à une partie importante des besoins d’enseignement en ligne et à un coût abordable. C'est de la belle ingénierie! Juste ce qu'il faut, pas moins, pas plus. Donc rien de bien inquiétant...

Nous avons vu le potentiel d'évolution et d'amélioration constante des CLOM grâce principalement au traitement des données massives (Big Data), l'ingrédient secret des CLOM.

Conclusion

Je peux me tromper, mais les CLOM ont le potentiel de constituer une innovation de rupture. Cela aurait des implications énormes! Dans une vidéo futuriste et quelque peu utopique, mais qui a le mérite de secouer les idées reçues, le groupe EPIC 2020 affirme que l'éducation du monde va changer radicalement au cours de la prochaine décennie [26].

En admettant que ce ne soit pas vraiment le cas, on peut croire que les CLOM vont minimalement forcer les institutions d'enseignement supérieur à investir en téléenseignement.



[1] Pappano, L. (2012, November 2). The Year of the MOOC - Massive Open Online Courses Are Multiplying at a Rapid Pace. The New York Times. http://www.nytimes.com/2012/11/04/education/edlife/massive-open-online-courses-are-multiplying-at-a-rapid-pace.html
[2] Davidson, C. N. (2012, October 1). MOOC Mania. reblogged from the Chronicle of Higher Ed. Blog, http://www.cathydavidson.com/2012/10/chronicle-of-higher-ed-mooc-mania/
[3] Vardi, M. Y. (2012). Will MOOCs destroy academia? Communications of the ACM, 55(11), 5–5. doi:10.1145/2366316.2366317 http://cacm.acm.org/magazines/2012/11/156587-will-moocs-destroy-academia/fulltext
[4] Martin, F. G. (2012). Will massive open online courses change how we teach? Communications of the ACM, 55(8), 26. doi:10.1145/2240236.2240246 http://cacm.acm.org/magazines/2012/8/153817-will-massive-open-online-courses-change-how-we-teach/fulltext
[5] Boullier, D. (2013, February 20). Mooc : la standardisation ou l’innovation ? « InternetActu.net. InternetACTU.net. http://www.internetactu.net/2013/02/20/mooc-la-standardisation-ou-linnovation/
[6] Greatrix, P. (2012, October 8). MOOCS: 12 Reasons for universities not to panic. Registrarism. Blog. http://registrarism.wordpress.com/2012/10/08/moocs-12-reasons-for-universities-not-to-panic/
[7] Greatrix, P. (2013, February 15). Why MOOCs won’t kill universities. Registrarism, Blog http://registrarism.wordpress.com/2013/02/15/why-moocs-wont-kill-universities/
[8] Balch, T. (2013, January 27). MOOC Student Demographics. the augmented trader. Blog. http://augmentedtrader.wordpress.com/2013/01/27/mooc-student-demographics/
[9] Guzdial, M. (2012, April 20). Udacity’s CS101: Who are you talking to? Computing Education Blog. Blog. http://computinged.wordpress.com/2012/04/20/udacitys-cs101-who-are-you-talking-to/
[10] Rosenthal, A. (2013, February 18). The Trouble With Online College. The New York Times. http://www.nytimes.com/2013/02/19/opinion/the-trouble-with-online-college.html
[11] Guillaud, H. (2012, October 17). L’innovation éducative : une question économique ? http://www.internetactu.net/2012/10/17/linnovation-educative-une-question-economique/
[12] Schmidt, D. C. (2013, January 7). Episode 191: Massively Open Online Courses, Software Engineering Radio episode 191, http://www.se-radio.net/2013/01/episode-191-massively-open-online-courses/
[13] Webley, K. (n.d.). MOOC Brigade: Who Is Taking Massive Open Online Courses, And Why? Time. http://nation.time.com/2012/09/26/mooc-brigade-who-is-taking-massive-open-online-courses-and-why/
[14] Hopkins, C. (n.d.). Future U: fear and loathing in academia | Ars Technica. http://arstechnica.com/business/2012/06/future-u-fear-and-loathing-in-academia/
[15] Mastery learning. (2013, February 24). In Wikipedia, the free encyclopedia. http://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Mastery_learning&oldid=540062348
[16] Daphne Koller: What we’re learning from online education | Video on TED.com. (2012). http://www.ted.com/talks/daphne_koller_what_we_re_learning_from_online_education.html
[17] Anders, G. (2012, June 5). How Would You Like A Graduate Degree For $100? - Forbes. Forbes. http://www.forbes.com/sites/georgeanders/2012/06/05/udacity-sebastian-thrun-disrupting-higher-education/
[18] Bates, T. (2012, October 29). MOOCs move into credit-based higher education. online learning and distance education resources. http://www.tonybates.ca/2012/10/29/moocs-move-into-credit-based-higher-education/#
[19] Udacity. (2012, June 1). Udacity Blog: Udacity in partnership with Pearson VUE announces testing centers. Blog. http://blog.udacity.com/2012/06/udacity-in-partnership-with-pearson-vue.html
[20] Eisenberg, A. (2013, March 2). Keeping an Eye on Online Test-Takers - New Technologies Aim to Foil Online Course Cheating. The New York Times. http://www.nytimes.com/2013/03/03/technology/new-technologies-aim-to-foil-online-course-cheating.html
Les compagnies: ProctorU and Software Secure
[21] Christensen, C. M. (1997). The Innovator’s Dilemma: When New Technologies Cause Great Firms to Fail. Harvard Business Press.
[22] Bass, R. (2012, March 1). Disrupting Ourselves: The Problem of Learning in Higher Education (EDUCAUSE Review) | EDUCAUSE. Educause. Educause Review Magazine, Volume47, Number 2, March/April 2012. http://www.educause.edu/EDUCAUSE+Review/EDUCAUSEReviewMagazineVolume47/DisruptingOurselvesTheProblemo/247690
[23] Vidéo d'une présentation du professeur Clayton Christensen sur l'impact l'innovation de rupture que représente les CLOM devant un comité du sénat de l'État de Utah « Higher Education Appropriations Subcommittee » aux États-Unis. Harvard professor Clayton Christensen, disruptive innovation and higher education. (2012). http://www.youtube.com/watch?v=edq07biGpC0
[24] Schubarth, C. (2013, February 13). Disruption guru Christensen: Why Apple, Tesla, VCs, academia may die. Silicon Valley Business Journal. newspaper. http://www.bizjournals.com/sanjose/news/2013/02/07/disruption-guru-christensen-why.html?page=al
[25] Michael Horn, & Christensen, C. M. (2013, February 20). Beyond the Buzz, Where Are MOOCs Really Going? | Wired Opinion | Wired.com. Wired Opinion. Magazine. http://www.wired.com/opinion/2013/02/beyond-the-mooc-buzz-where-are-they-going-really/
[26] Bill Sams, Marshall, N., Kelvin, M., & Hanlin, M. (2012, June 4). EPIC 2020 | Higher Education Reform. EPIC 2020 | Higher Education Reform. http://epic2020.org/

jeudi 14 février 2013

Combien coûte un CLOM (MOOC)?
L'université gratuite accessible à tous les Québécois existe sur internet mais en anglais.

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J'hésitais entre le titre accrocheur actuel et le plus prosaïque « Combien coûte un cours diffusé sur un CLOM? » Une question simple à laquelle je vais tenter de répondre.

Néanmoins, l'université gratuite accessible à tous les Québécois existe réellement, mais elle est sur internet et elle diffuse ses contenus en anglais.

En effet, depuis quelques mois, nous assistons au début d’une révolution industrielle en éducation, l’émergence rapide des Cours en Ligne Ouverts aux Masses (CLOM) ou MOOC pour les anglophiles. Les grandes universités américaines, Stanford, Harvard et le MIT en tête, utilisent les CLOM comme levier dans une stratégie d'internationalisation de leurs activités.

Sans être économiste, j'aimerais discuter des aspects économiques des CLOM. Il sont fondamentaux car au-delà de la technologie la révolution des CLOM tient d'abord dans le bouleversement du modèle économique sur lequel repose l'université actuelle.

De plus, en empruntant le langage des comptables, je nourris secrètement l'espoir d'intéresser les participants au futur sommet sur l'éducation supérieure qui semblent vivre dans le monde des colonnes de chiffres. Tiens, ça me rappelle le film « La Matrice » ;)

En effet, la principale promesse des CLOM est la perspective d’une université sans mur et gratuite! On parle de coûts annuels par usager allant de quelques cents à quelques dollars tout au plus.

Pour nous en convaincre faisons un peu d'arithmétique élémentaire...

Nous nous baserons sur des chiffres publiés par Google à la Conference HICSS tenue en janvier 2013 [1] et sur l'expérience de Scott E. Page un pionnier des CLOM [2] qui a donné deux fois le cours « Model Thinking » sur la plateforme Coursera [3].

Pour la version Coursera qu'il appelle lui-même « Garage Band Version », M. Page a utilisé une caméra à 20 $, un microphone à 100 $ et le studio était dans une chambre de son domicile. Aussi, M. Page estimait qu'il avait mis entre 6 à 8 heures de travail pour chaque heure de cours.

Un cours de 45 heures représente donc entre 270 et 360 heures pour une production sans graphique, musique ni effets spéciaux. Avec un taux horaire de 55 $ (environ 100 000 $ par an) qui est très loin du salaire minimum, on arrive à un coût de médiatisation de l'ordre de 15 000 à 20 000 $. Mais, c'est bien connu, les professeurs québécois gagnent moins... De plus, ces frais sont non récurrents, on fait le travail une fois et on peut diffuser ce contenu autant de fois que l'on veut quitte à retaper ou actualiser des bouts au besoin.

À cela, il faut ajouter une centaine d'heures pour l'animation (10 h par semaine pendant 10 semaines) soit 5 500 $. Maintenant, examinons les coûts de diffusion massive sur le web. Eh bien, avec les technologies actuelles du web dites infonuagiques (Cloud Computing), il coûterait moins de 10 000 $ par année pour desservir 150 000 étudiants. Plus précisément, 20 $ par jour pour diffuser le cours à 150 000 étudiants avec la technologie infonuagique AppEngine de Google [1].

En sautant de longs développements arithmétiques (!) que nous laisserons aux « vrais comptables », nous arrivons à moins de 25 cents par étudiant par année. Certains doivent maintenant comprendre pourquoi on leur donne « gratuitement » des dizaines de gigaoctets d'espace disque sur les sites du web 2.0 et qu'on les laisse enregistrer tout ce qu'ils veulent sur les sites de partage vidéo.

Évidemment, on parle ici, d'un cours déjà préparé, donc on ne part pas de zéro. On exclut également les coûts des logiciels car il existe plusieurs plateformes CLOM en logiciels libres. Enfin, il faut considérer le travail à temps partiel d'une poignée d'informaticiens compétents pour déployer et maintenir une plateforme dans le nuage capable de supporter non seulement un mais plusieurs centaines de cours en ligne.

On objectera qu'on peut entrevoir des scénarios de luxe avec des caméras à 100 000 $, des équipes de pré-production, production, post-production et des armées de consultants surpayés. Je laisse les comptables et les vérificateurs réfléchir à ces scénarios hélas si familiers de dépassement de coûts.

Mais cela est un tout autre débat...


[1] Russell D. M. (2013, January, 7). Overview of MOOCs at Google. Jan 7, 2013. MOOC Symposium, HICSS 46 (Hawaii International Conference On System Sciences), Maui, HI, Usa
[2] Roche, G. (2013, January 22). Thoughts from a MOOC Pioneer — Academic Technology. Retrieved February 13, 2013, from http://at.blogs.wm.edu/thoughts-from-a-mooc-pioneer/
[3] https://www.coursera.org/course/modelthinking

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samedi 12 janvier 2013

Réinventer l’université québécoise à l’Âge du numérique

L’université québécoise est en crise. Ce profond malaise aux racines économiques a culminé avec les manifestations du « printemps érable ».

Le coût des études grimpe en flèche ainsi que l’endettement des étudiants. La situation n’est pas unique au Québec, elle est pire aux États-Unis où selon Bloomberg, les frais de scolarité se sont accrus de 1120 % depuis 1978 [1].

Or le moteur de toute société avancée est l’éducation qui est également reconnue par l’Unesco comme un facteur important dans l’égalité des chances [2]. L’article 26 de La Déclaration universelle des droits de l'homme proclame que « l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite » [3].

Plusieurs questions se posent. Qui doit payer et combien? Peut-on trouver de nouvelles sources de financement? Comment économiser ou réduire les coûts? Un sommet sur l’éducation supérieure au Québec se tiendra en février prochain pour débattre de ces questions et amener on l’espère des pistes de solution.

Face à un problème d'une telle ampleur, on a parfois pas d'autres choix que de penser autrement pour trouver des solutions innovatrices. Et si la technologie pouvait nous aider?

À l’aube d’une révolution industrielle en éducation

Depuis quelques mois, nous assistons au début d’une révolution industrielle en éducation, l’émergence rapide des Cours en Ligne Ouverts aux Masses (CLOM) connus en anglais sous l’acronyme MOOCs (Massive Online Open Courses) [4].

Plus qu’une mode mais sans être une panacée, l’émergence des CLOM rendue possible par les nouvelles technologies de l’internet, particulièrement l’infonuagique [5] (Cloud Computing) [6], ouvre la perspective d’une université sans mur et gratuite.

Rendons hommage au précurseur, la « Khan Academy » fondée en 2006, qui fournit un enseignement gratuit grâce à des milliers de courts tutoriels sur YouTube principalement en mathématiques (www.khanacademy.org).

À l’automne 2011, la première expérience de grande envergure des CLOM a permis à plus de 160 000 étudiants du monde entier de suivre gratuitement un cours universitaire en intelligence artificielle de la prestigieuse université Stanford [7].

La portée géographique de l’infonuagique et son faible coût annonce un « projet éducatif » (d'autres diront un marché) planétaire. Les grandes universités américaines, Stanford et le MIT en tête, utilisent les CLOM comme levier dans une stratégie d'internationalisation de leurs activités et pour attirer les meilleurs étudiants du monde entier [17].

Les entreprises privées ont rapidement emboîté le pas, comme en témoigne la fondation en janvier 2012 de Udacity par Sebastian Thrun [9] qui offre des cours gratuits en ligne. Rappelons que l’ex-professeur de Stanford a dirigé l’équipe à l’origine de l’automobile sans conducteur de Google et du fameux cours d’intelligence artificielle de Stanford, le premier succès des CLOM.

En avril 2012, deux autres professeurs en intelligence artificielle de l’université Stanford, Andrew Ng et Daphne Koller ont reçu 16 millions de capital de risque pour fonder Coursera [10] qui offre des cours d’une trentaine d’universités dont l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne qui donnera un premier cours en langue française.

Puis en mai 2012, l’Université Harvard et le MIT (Massachusetts Institute of Technology) créent EdX [11], une coentreprise sans but lucratif pour offrir des cours gratuits sur internet.

Depuis quelques mois, les CLOM se répandent comme une traînée de poudre. Déjà plus de 300 cours listés dans le répertoire Class Central [12] et des dizaines de nouveaux cours s’ajoutent chaque semaine.

Cette première génération de CLOM constitue une réponse innovante et pragmatique à une partie importante des besoins d’enseignement en ligne et à un coût abordable. C'est de la belle ingénierie! Juste ce qu'il faut, pas moins, pas plus.

De la Toile au nuage, qu’est-ce que l’infonuagique?

Inventé en 2007, le terme « Cloud Computing » (en français infonuagique) est emprunté aux diagrammes informatiques où on l’a l’habitude de représenter Internet par un nuage. Mais attention, l’infonuagique n’est pas Internet! Disons simplement qu’Internet rend possible l’infonuagique.

D'ailleurs, ce n'est pas tant une question de technologie mais bien davantage une question d'économie. La principale promesse de l'infonuagique est de rendre l'informatique moins chère grâce à d'importantes économies d'échelle, le partage de ressources (traitement/calcul, stockage) et la consommation à l’usage. On parle de coûts annuels par usager allant de quelques cents à quelques dollars tout au plus.

L’infonuagique consiste à déporter dans des centres de traitement de l’information qui sont de véritables usines, des fermes de serveurs de la taille de plusieurs terrains de football, qui offrent des services informatiques à l'échelle industrielle [13].

L’infonuagique permet d’accéder à la demande et en tarification à l’usage via le réseau Internet à des ressources informatiques (logiciels et données) virtualisées [8] et partagées sous forme de services de n’importe où avec des appareils mobiles, des téléphones intelligents, des ordinateurs portables, des stations fixes ou des micro-ordinateurs conventionnels.

Plus concrètement, quand on utilise Amazon, Gmail, YouTube, Flickr, FaceBook ou iTunes, on utilise déjà l’infonuagique sans s’en rendre compte.

Cela dit, le principal inconvénient de l’infonuagique est le risque de devenir dépendant de son fournisseur.

En effet, il faut pouvoir quitter le service infonuagique à tout moment si jamais les modalités du service évoluent de manière à ne plus satisfaire les besoins ou si une offre concurrente devient plus intéressante. Même si les services proposés sont très avantageux, on ne peut pas prévoir l’évolution future des prix. Si cette migration ou cet arrêt de service est difficile ou même impossible alors on devient dépendant voire pris en otage par son fournisseur (en anglais Vendor Lock-in). Le problème peut être aggravé par le fait que le prestataire de services n’est pas assujetti aux lois locales, sans compter les problèmes de confidentialité des données.

Vers une deuxième génération de CLOM intelligents

Les CLOM de première génération sont encore primitifs par rapport à des systèmes plus sophistiqués comme les systèmes tutoriels intelligents et autres systèmes d’enseignement assisté par ordinateur qui sont restés jusqu’ici confinés aux laboratoires.

Ce n’est qu’une première étape. La partie invisible des CLOM est la collecte massive des données sur le comportement des étudiants. On parle ici du traitement de données massives (en anglais Big Data) dont les résultats serviront à améliorer les CLOM de la prochaine génération [14]. On reconnaît là une pratique courante du Web 2.0 « à la Google » qui consiste à exploiter les données de ses millions d’utilisateurs pour améliorer les résultats de son moteur de recherche. Ici, les données d’utilisation sont une véritable mine d’or car « quand l’usage est gratuit c’est que l’utilisateur est le produit ».

À n’en pas douter, les « grosses têtes » en apprentissage statistique (en anglais Machine Learning) derrière Udacity et Coursera, ne vont pas en rester là. Il vont utiliser toutes les données recueillies pour bâtir les systèmes d'enseignement intelligents du futur. On assistera à une deuxième révolution, celle des CLOM intelligents, alimentée par les données fournies par la révolution des CLOM de première génération.

Puisque le principal frein à la généralisation des CLOM demeure le contrôle du plagiat, on peut facilement imaginer des progrès important du côté de la détection du plagiat en exploitant les possibilités de l'apprentissage statistique, de la lexicométrie et de l'analyse des contenus glanés sur la Toile. L'ultime recours étant la mise en place de salle d'examens spécialement équipées, isolées d'internet avec authentification biométriques des participants et brouillage des communications.

Des « natifs du numérique » branchés et nomades

Parallèlement à ce choc technologique, l’université traditionnelle doit également s’adapter à la clientèle branchée et nomade des « natifs du numérique » (en anglais Digital Natives).

Les étudiants du 21e siècle passent une grande partie de leur vie sur le Web où ils peuvent trouver ou publier des informations, commenter une nouvelle, tenir un blogue, partager des photos, des signets ou des vidéos, enrichir leur profil social, écouter de la musique, regarder des émissions de télé ou des films, interagir avec des amis sur les réseaux sociaux ou suivre les actualités via les sites de microblogues. Tout cela à partir d’un micro-ordinateur portable, d’un téléphone intelligent ou d’une tablette électronique.

Constamment branchés, la génération Y (18 à 34 ans) domine toutes les autres générations dans l’utilisation du Web et l’adoption des nouvelles technologies. Près de 90% des Québécois âgés de 18 à 34 ans possèdent un téléphone mobile, et plus du quart d’entre eux ont un téléphone intelligent [15].

Le modèle traditionnel des étudiants qui consacrent tout leur temps à leurs études est révolu. Les étudiants ont des emplois, des familles, des activités très nombreuses et des horaires morcelés. Les étudiants québécois ont la bougeotte et ils voyagent beaucoup.

Le taux d'emploi des étudiants universitaires à temps plein est passé de 25% en 1978 à près de 80 % en 2009. Plus du quart (26%) des étudiants de premier cycle universitaire travaillent plus de 20 heures par semaine et vingt pour cent (20%) des étudiants de plus de 24 ans ont des enfants [16].

Par conséquent, ils ont moins le temps disponible pour se rendre en cours qui est une activité essentiellement synchrone et « en présentiel » [17] où l'échange entre les apprenants et avec le professeur s'effectue en simultanéité dans un même lieu.

La formule des cours magistraux de deux ou trois heures en amphithéâtre est un anachronisme appelé à disparaître. Les étudiants sont présents physiquement, mais leur attention est ailleurs, parfois distraits à cause précisément des technologies omniprésentes, en train de surfer sur internet ou de taper un texto.

D’ailleurs, le déficit d’attention et le comportement multitâche typique des « natifs du numérique » exige que l’on « saucissonne » la matière à passer en capsule de 10 à 20 minutes maximum ce qui est une pratique courante des CLOM et un gros avantage.

Cela dit, les nouvelles technologie permettent également de palier à ce problème en donnant un accès au contenu en petits morceaux plus digestes, en un lieu et au moment qui convient à l’étudiant (formation à distance asynchrone). Dans une formation à distance asynchrone, l'échange avec les autres apprenants ou avec le professeur s'effectue via des modes de communication ne nécessitant ni d’être dans un même lieu, ni au même moment.

Selon James Hilton, vice-président de l’Université Virginia: «Si l'enseignement supérieur reste synonyme d'accès à l'information, alors il a un énorme problème. Il existe de nombreux moyens plus efficaces pour obtenir des informations que d'assister à des cours en classe pendant quatre ans. » [18].

Dans ce contexte, les moyens traditionnels d’apprentissage comme les cours en classe et les environnements numériques d’apprentissage classiques ne peuvent plus satisfaire les besoins éducatifs des « natifs du numérique ».

L’université du XXIème siècle: l’acquisition des compétences et la recherche

Grâce aux CLOM, les promesses du téléenseignement (en anglais e-learning) et des systèmes d’enseignement intelligemment assistés vont pouvoir se réaliser.

L’enseignement de base étant graduellement assumé par les CLOM, l’université du XXIe siècle s’orientera davantage vers l’acquisition et le maintien des compétences par les étudiants tout au long de leur vie professionnelle.

Libérée d’une partie du fardeau de l’enseignement, l’université pourra aussi se concentrer sur la deuxième composante de sa mission qui est la recherche.

Face à une demande de diversification des moyens d’apprentissage par les natifs du numérique, la mobilité de la main-d’oeuvre et la concurrence des puissances émergentes de l’internet comme Coursera et Udacity, le développement des compétences deviendra un enjeu stratégique majeur pour nos universités.

La certification des compétences aidera à consolider la « valeur des diplômes » décernés par les universités traditionnelles qui devront élaborer des politiques et pratiques visant à assurer l'authenticité des détenteurs de diplômes et des compétences qu’ils ont acquis. L’objectif est d’établir une « barrière des compétences » qui puisera sa légitimité dans la réputation et la proximité des universités traditionnelles avec les besoins des populations desservies.

Déployé sur une infrastructure infonuagique, le portfolio numérique (ou eportfolio) est l’assise technologique sur laquelle établir l’apprentissage par compétences.

Les portfolios sont utilisés depuis longtemps par les artistes pour montrer des exemples de leur travail. En éducation, les portfolios numériques sont utilisés pour les projets d'étudiants et contiennent des documents et artefacts souvent accompagnés de la description des étapes dans la production du projet. Les eportfolios peuvent être utilisés à de nombreuses fins: pour la présentation, pour la recherche d’emploi, pour l’apprentissage en fournissant des données pour les évaluations formatives et sommatives et par l'auto-réflexion, pour l’évaluation des compétences et même la certification en démontrant la satisfaction des normes [19]. Dans ce contexte, on peut également voir le portfolio numérique comme un curriculum vitae avec preuves à l’appui.

Accessible en tout temps sur micro-ordinateur ou plateforme mobile, le portfolio numérique apparait comme l’outil idéal de support à la formation, à l’évaluation et au suivi pour démontrer la progression des apprentissages et l’atteinte des compétences et des critères nécessaires à la certification des formations.

Rejoignons en cela, Gilbert Paquette, chercheur à la Téluq et ancien ministre de la science qui enjoignait les Québécois « à relever le défi de la société du savoir » par le développement de plateformes misant sur l’amélioration des compétences [20].

L’heure n’est plus aux briques mais au numérique!

Nos universités francophones vivent un peu dans l’illusion que la barrière linguistique les protégera de toute menace extérieure. Mais elles s'illusionnent, car des armées de bénévoles (crowdsourcing) ont déjà commencé à sous-titrer et traduire, avec l'assistance d'étonnants outils comme Google Translate, les contenus des CLOM américains en chinois, en espagnol et en français [21].

Trop occupées à se débattre avec leurs problèmes financiers et à bâtir de nouveaux campus de briques et de béton, les universités québécoises ne semblent pas encore conscientes des défis posés par les CLOM.

Mais que va-t-on faire de toutes ces salles de classe vides dans quelques années? L’heure n’est plus aux briques mais au numérique!

Aussi, comme elles ne sont pas les initiatrices des plateformes de CLOM, elles se disent que ce n’est pas bon et elles préfèrent attendre de voir comment cela va évoluer.

Tout de même, saluons EDUlib, une première initiative québécoise par l’Ecole des hautes études commerciales (HEC) qui vise à rendre disponible en accès libre une formation universitaire en français dans le domaine de la gestion [22]. Il resterait donc quelques visionnaires dans nos universités! L’espoir est donc permis...

Basé sur Sakai, un environnement d’apprentissage numérique classique en logiciel libre, EDUlib n’est probablement pas aussi robuste ni échelonnable / extensible (en anglais scalable) que Coursera ou Udacity qui sont capables de rejoindre des populations de centaines de milliers d’étudiants, mais EDUlib permet de se lancer et de prendre de l’expérience avec quelques milliers d’étudiants.

Une infrastructure infonuagique communautaire basée sur le logiciel libre et des normes ouvertes

Comme on ne peut pas créer quelque chose de parfait du premier coup, il faut rapidement prendre de l’expérience en s’emparant de ce qui existe et en y ajoutant du contenu en français.

Les premières expériences passées et pour éviter la dépendance aux fournisseurs (en anglais Data Lock-in) nos universités devraient se doter d’une infrastructure infonuagique de base et louer à la demande des ressources supplémentaires.

L'idée des architectures web échelonnables (Scalable) est précisément de permettre le passage à grande échelle d'une maquette logicielle sans modifier le code et les outils logiciels. C’est le même code informatique qui tourne pour 50 ou 50 000 utilisateurs, seulement le nombre de serveurs est plus grand.

Au moment du déploiement massif, l'avantage de l'infonuagique est de louer à la demande des infrastructures sur les plateformes comme Amazon ou Google. Ainsi on ne paie que pour ce qu'on utilise et on évite de coûteux investissements en immobilisation et achat de matériel. Aussi, on module les coûts en fonction de l'utilisation du CLOM par ses usagers. Si notre cours est très fréquenté, il coûtera plus cher, mais s'il l'est moins on réduira nos coûts et par conséquent nos risques.

Une étude de Meritalk annonce des réductions de coûts de l’ordre de 20 % pour le gouvernement américain grâce à l’infonuagique [23]. Certains avancent même des économies de 30 à 50 %. Le gouvernement du Québec en entier pourrait d’ailleurs en bénéficier.

Afin de mutualiser les risques, les coûts et les expertises, les universités québécoises devraient unir leurs efforts pour participer au développement d’une infrastructure infonuagique communautaire où les logiciels seraient libres et conçus selon des normes ouvertes.

D’autres économies proviendraient alors de l’utilisation de logiciels libres. Cyril Béraud de Savoir-Faire Linux estime à plus de 450 millions de dollars les économies réalisables dans le seul secteur de l’éducation au Québec par l’emploi de logiciels libres [24].

À côté des solutions propriétaires on assiste à l’émergence de solutions infonuagiques en logiciels libres et ouverts. Il existe déjà des plateformes de CLOM « clé en main » en logiciel libre comme Course Builder de Google [25] qui est par contre liée à l'infrastructure Google App Engine et des plateformes infonuagiques génériques comme CloudFoundry de VMWare [26] ou OpenShift de RedHat [27] qui permettent le déploiement sur différentes infrastructures infonuagiques. À n'en pas douter, d'autres plateformes de CLOM en logiciels libres vont voir le jour...

Une option intéressante serait de rejoindre une ou plusieurs initiatives internationales existantes comme EdX (MIT - Harvard - Berkeley) qui annonce que sa plateforme sera en logiciel libre [28] et donc disponible aux autres universités. Nul besoin de réinventer la roue!

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la gratuité n’est pas le seul avantage du logiciel libre. Bien qu'on économise le coût d'acquisition des licences, il existe beaucoup d'autres avantages aux logiciels libres comme l'accès au code source, la capacité de maîtriser le développement technologique et le droit de modifier et de réutiliser.

Pour la médiatisation d’un cours déjà bien préparé et rôdé, les coûts pourraient être modiques car l'université rémunère déjà les professeurs, les technopédagogues et les informaticiens à même ses budgets actuels, il suffirait de réallouer les ressources.

Dans l'optique où l'on devrait sous-traiter totalement ces tâches, une règle du pouce utilisée dans l'industrie de la formation estime qu'un cours en ligne « classique » de 45 h s'amortit en 4 ou 5 diffusions [29]. Dans le cas des CLOM, puisque la diffusion dépasse par des ordres de grandeur le nombre d’étudiants desservis par un cours en ligne « classique », on peut facilement envisager que le cours « se paie » avec une seule diffusion

De plus, l’emploi de normes ouvertes favorise l'interopérabilité. Grâce aux normes ouvertes, les documents et les données deviennent totalement indépendantes d'un logiciel ou d'un fournisseur spécifique. Par exemple, l'adoption de normes ouvertes permet à tous les fureteurs d’afficher de façon identique l’information contenue sur une page Web. Les normes ouvertes permettent également de migrer vers une nouvelle solution logicielle et d'éviter de coûteuses conversions des données. Les solutions basées sur des normes ouvertes apportent alors une plus grande indépendance technologique. On évitera ainsi d'être prisonnier d'un format ou d'une infrastructure propriétaire d’un fournisseur. Cela permet de faire jouer les appels d’offre et la concurrence et de mieux contrôler les coûts.

De plus, l'accès au code source permet aux différents concepteurs, de corriger les erreurs et de s'assurer de la sécurité du logiciel. La disponibilité du code source assure également une plus grande pérennité des logiciels.

Enfin, les entreprises spécialisées en logiciel libre sont souvent de petites entreprises qui profitent de leur proximité avec leurs clients. Il en résulte généralement des retombées économiques plus importantes pour l’ensemble de la communauté.

Un tel modèle de développement communautaire pourrait s’inscrire dans le cadre d’une fondation à l’américaine ou d’une coopérative à la québécoise sous le contrôle des universités et de leur communauté élargie: étudiants, associations professionnelles, employeurs, petites entreprises et pouvoirs publics.

Le projet impliquerait une combinaison naturelle des rôles joué par la Téluq, le CRIM (Centre de recherche informatique de Montréal), le CEFRIO (Centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations) et le RISQ (Réseau d'informations scientifiques du Québec).

Évidemment, le tout pourrait s’insérer dans un chantier plus vaste, celui d’un plan numérique québécois [30].

Conclusion

À n’en pas douter, Internet qui a révolutionné les communications et bouleversé le monde des médias, s’apprête à révolutionner l’éducation.

Si des institutions comme l’Encyclopédie Universalis ou Brittanica ont pu être détrônées en quelques années par Wikipedia [31], quel est l’avenir des universités traditionnelles face au numérique?

Les CLOM et les logiciels libres représentent un potentiel de renouveau et d’économies importantes pour nos universités. Les ressources dégagée pourraient être réallouées dans la recherche, l'amélioration des cours, l'encadrement des étudiants et pourquoi pas la gratuité scolaire.

Cela dit, il vaudrait la peine de faire au moins une étude économique « sérieuse et impartiale » des économies potentielles de l'utilisation des CLOM et des logiciels libres.

La crise que traverse nos universités représente une opportunité à saisir pour réinventer l’université québécoise à l’Âge du numérique.

Claude Coulombe
architecte logiciel
candidat au doctorat Téluq


[1] http://www.bloomberg.com/news/2012-08-15/cost-of-college-degree-in-u-s-soars-12-fold-chart-of-the-day.html
[2] http://www.unesco.org/new/fr/education/themes/leading-the-international-agenda/gender-and-education/right-to-education/
[3] http://www.un.org/fr/documents/udhr/#a26
[4] http://en.wikipedia.org/wiki/Massive_open_online_cours
[5] « infonuagique » est le néologisme proposé par l'Office québécois de la langue française pour traduire l'expression cloud computing.
[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Cloud_computing
[7] https://www.ai-class.com

[8] http://fr.wikipedia.org/wiki/Virtualisation - La virtualisation désigne ici l'abstraction des ressources informatiques qui permet d'héberger des applications informatiques sur un matériel étranger ou un système d’exploitation différent. La virtualisation permet d'optimiser les ressources informatiques et les coûts.
[9] http://www.udacity.com
[10] https://www.coursera.org
[11] https://www.edx.org
[12] http://www.class-central.com
[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/Cloud_computing

[14] Daphne Koller: What we’re learning from online education | Video on TED.com
http://www.ted.com/talks/daphne_koller_what_we_re_learning_from_online_education.html
[15]http://veilletourisme.ca/2012/11/27/divertissement-et-loisirs-de-la-generation-y-quebecoise/
[16] http://www.feuq.qc.ca/IMG/pdf/1011_cau_sources_et_modes_web_vai_fr.pdf
[17] Le terme « présentiel » est utilisé pour désigner le moment où les personnes qui suivent un cours sont réunies dans un même lieu avec un professeur.
[18] Katz, R. N. (2010). The tower and the cloud: Higher education in the age of cloud computing. Educause http://net.educause.edu/ir/library/pdf/pub7202.pdf
[19] Barrett, H. C. (2005), "White Paper: Researching Electronic Portfolios and Learner Engagement", http://electronicporfolios.org
[20] Paquette, G. (2002). Modélisation des connaissances et des compétences. Presses de l’Université du Québec. http://www.puq.ca/catalogue/livres/modelisation-des-connaissances-des-competences-98.html
[21]
http://www.amara.org/en/teams/coursera/

[22] https://edulib.hec.ca
[23] Virtualization Vacuum: The 2012 Government Virtualization Study, Étude réalisée par Meritalk et commanditée par NetApp et Microsoft, 30 janvier 2012 http://www.meritalk.com/virtualizationvacuum

[24] Béraud C. Frais de scolarité : une moitié de la solution, billet de blogue, 15 avril 2012, http://blogs.gplindustries.org/node/60
Une entrevue sur le logiciel libre avec M. Daniel Pascot, président de Facil à l'émission La Sphère de Radio-Canada, le 23 février 2013 - http://goo.gl/nDHl9
[25] https://code.google.com/p/course-builder/
[26] http://www.cloudfoundry.com/
[27] https://openshift.redhat.com/app/
[28] http://gigaom.com/2012/05/02/mit-and-harvard-say-open-source-edx-can-educate-a-billion-people
[29] http://www.designingforlearning.info/services/writing/dlmay.htm
[30] http://plannumeriquequebec.org
[31] Enoch, N. (2012, March 13). Encyclopedia Britannica to cut its print edition - after 244 YEARS, Daily Mail Online. http://www.dailymail.co.uk/news/article-2114646/Encyclopedia-Britannica-cut-print-edition--244-YEARS.html?ito=feeds-newsxml


Note: Ce billet emprunte et complète des travaux et discussions qui ont fait l'objet des publications suivantes:


Ludivine Maggi, Les universités québécoises devancées sur les CLOM, Journal « Quartier l!bre », le journal indépendant des étudiants de l'Université de Montréal, numéro 4, volume 20, mercredi 17 octobre 2012 http://quartierlibre.ca/les-universites-quebecoises-devancees-par-les-autres-universites-canadiennes/


Julie Robert, HEC se met à l'éducation populaire, Journal « Quartier l!bre », le journal indépendant des étudiants de l'Université de Montréal, numéro 6, volume 20, mercredi 13 octobre 2012 http://quartierlibre.ca/hec-se-met-a-leducation-populaire/
Claude CoulombeL'infonuagique éducative : promesses et défis!, Colloque international sur les TIC en éducation, 3 et 4 mai 2012 au Centre Sheraton de Montréal 
http://ticeducation.org/papers/viewPresentation/225